1. l’herbe écrit mais le vent chaule. Une peinture  de 100 mètres sur 2 se déroulait, debout d’un rouleau à un autre. Du temps dévidait sa bobine esclave comme on dit en vidéo, sa mémoire comme on dit en peinture pour dire trace succincte. C’était un adieu aux herbes, dans les couleurs du deuil, noir et blanc, avec l’allégresse cependant et l’audace qui est la grâce des herbes au bord des précipices. Avaient sauvé Psyché, pouvaient bien me sauver. Je rattrapais les frères Lumière avec mon engin. Une ligne de texte sous-tendait l’image. Pour qu’on puisse la lire, il fallait que l’enroulement se fasse de droite à gauche, que l’avenir vienne à moi pour que la mémoire se délivre. Des fragments de lectures têtus se mêlaient à l’improvisation qui trotte quand la main peint. Sous l’étrange alphabet des herbes. Je rattrapais en quelque sorte Raoul Hausmann, Kurt Schwitters  (le poème est un alphabet dans le désordre) et le « suicide » d’Aragon, enfin les herbes, car moi je constatais qu’il manquait 1 mètre de texte pour achever l’image. M. me signala, dans le carnet nécrologique du monde, un fragment du Psaume de silence de Raphaële George : Et pourtant, ce besoin d’être du côté du vent  / ce désir de faire partie de l’inconnu. Le morceau s’ajustait exactement à la fin de l’histoire.